<< Dans l’âme des affamés, les graines de la colère sont devenues des raisins, et les raisins sont devenus des vignes, prêtes pour les vendanges. >> C’est l’une des phrases emblématiques du roman « Les Raisins de la Colère », publié en 1939 par l’écrivain américain John Steinbeck. Et si vous avez aimé les films classiques avec James Dean, vous vous souviendrez certainement d’un autre chef-d’œuvre de Steinbeck, « À l’Est d’Éden », qui connut un succès mondial (<< Être une personne implique une responsabilité. Bien plus que simplement occuper un espace. >>). La Californie décrite par cet auteur – qui y est né et y a grandi – n’est pas le pays stéréotypé du soleil, de la mer, des bikinis et du rock’n’roll, mais un lieu rude et cruel, peuplé de travailleurs, de pauvres et de personnes défavorisées. Une nouvelle découverte qui revisite des lieux célèbres, sous un angle différent.
Une Californie sombre et rebelle
John Steinbeck (1902-1968) est né à Salinas, une petite ville rurale située à 170 km de San Francisco et à seulement 95 km de San José – qui fait aujourd’hui partie de la même métropole. Passionné d’écriture et de poésie dès son plus jeune âge, il étudie la littérature à l’université de Stanford. Ses récits puisent leur inspiration dans la vie aventureuse de sa famille d’immigrants (ses grands-parents étaient allemands et irlandais) et dans leur lutte pour un avenir meilleur. Jeune homme, il vit la période dramatique de la Grande Dépression, qui débuta en 1929, et décrit en détail le sort tragique de nombreuses familles soudainement ruinées.
Ainsi, dans les années 1930, « sa » Californie redevint un mythe à conquérir. Comme au temps du Far West, des foules désespérées affluèrent à nouveau vers Los Angeles et San Francisco, non plus en quête d’or, mais d’un emploi, peut-être le trésor le plus précieux. Les romans de Steinbeck dépeignent une Californie différente, une terre de pauvres, d’ouvriers, de paysans et d’injustices à combattre. Une manière totalement inédite de comprendre cet État américain… et de le découvrir, si vous souhaitez suivre un itinéraire touristique sur les traces de cet écrivain.
Salinas
L’itinéraire commence bien sûr à Salinas, ville située au centre de la Californie et chef-lieu du comté de Monterey. On peut s’y rendre en seulement une heure et demie d’autoroute depuis l’aéroport de San Francisco (SFO) et en une heure de route depuis l’aéroport régional le plus proche, San Jose Mineta (SJC). Elle se trouve au cœur d’une vallée fertile, l’une des régions agricoles les plus importantes de l’État et du pays, grâce à son climat favorable et à la qualité de son sol.
John Steinbeck est né ici et y a vécu une grande partie de sa vie ; nombre de ses œuvres littéraires s’y déroulent. Le plus célèbre est sans aucun doute « À l’Est d’Éden », où la ville de Salinas est nommée et décrite en détail, alors que dans d’autres œuvres, elle n’est qu’évoquée. Plusieurs musées sont consacrés à Steinbeck et à ses personnages, et diverses manifestations y sont organisées chaque année. Salinas abrite également un musée du chemin de fer, avec une maquette de la ville entière, le Capitole de Monterey et la maison du premier maire. À quelques minutes en voiture du centre-ville, on accède à l’océan et au Parc de la Rivière Salinas, qui surplombe la côte.
Monterey
Le comté de Monterey, dont le chef-lieu est Salinas, est situé sur la côte centrale de la Californie et compte parmi les régions les plus célèbres et fascinantes de l’État. Steinbeck y a imaginé plusieurs villes pour ses romans et a situé les aventures de nombreux personnages dans des lieux réels de cette région.
La renommée du comté de Monterey tient notamment à ses paysages naturels exceptionnels. La côte offre des panoramas spectaculaires sur l’océan Pacifique, avec ses falaises, ses plages, ses baies et sa faune marine abondante. La ville de Monterey est particulièrement célèbre pour son port historique et l’aquarium de la baie de Monterey, l’un des plus importants des États-Unis. On peut y observer de nombreux animaux, comme des loutres de mer, des phoques, des otaries et, à certaines saisons, des baleines. Au sud de Monterey se trouve la célèbre région de Big Sur, caractérisée par un littoral sauvage et spectaculaire. Ici, les montagnes rencontrent l’océan, créant des paysages enchanteurs qui attirent touristes, photographes et amoureux de la nature du monde entier. Le comté est également réputé pour son agriculture. La fertile vallée de Salinas est l’une des principales régions agricoles de Californie, produisant d’importantes quantités de fruits et légumes, notamment d’excellentes prunes et fraises.
Le tourisme est une ressource récente pour la région, qui bénéficie d’une promotion particulière depuis les années 1970 grâce à des stations balnéaires comme Carmel-by-the-Sea, Pebble Beach et Pacific Grove. Ces lieux sont appréciés pour leurs plages, leur architecture, leurs terrains de golf et leur atmosphère élégante.
Connaissez-vous le parc national de Joshua Tree ?
L’histoire palpitante de la famille Joad, protagonistes des « Raisins de la Colère », se déroule principalement le long de la Route 66, la célèbre route qui traverse le centre des États-Unis jusqu’en Californie. Cependant, les personnages célèbrent leur arrivée en Californie à un moment précis : lorsqu’ils contemplent, depuis les montagnes de l’Arizona, et aperçoivent, de l’autre côté du fleuve Colorado, la terre dont ils ont longtemps rêvé.
L’un des premiers paysages que l’on découvre en entrant en Californie depuis l’Arizona est le parc national de Joshua Tree. Ce territoire, aussi vaste qu’un des États de l’Est des États-Unis, possède un charme unique grâce à la diversité de ses paysages : montagnes (la chaîne de San Bernardino), déserts (le Mojave et le Colorado), formations rocheuses, zones de végétation succulente et épineuse, et canyons. L’aridité du paysage n’a sans doute pas paru accueillante à ceux qui le traversaient pour la première fois, mais elle représentait néanmoins une porte ouverte sur l’État le plus riche des États-Unis et, de ce fait, une destination importante par le passé, tant pour les pionniers de l’Ouest que pour les migrants des années 1930.
Pour rejoindre le parc national de Joshua Tree, utilisez l’aéroport international de Los Angeles (LAX).
San Francisco et la vallée centrale de Californie
San Francisco n’a plus besoin d’être présentée. Son pont rouge (le Golden Gate), ses quartiers vallonnés (Lombard Street) avec leurs maisons de style victorien, son cable bus coloré, ses gratte-ciel, dont la « pyramide » de la Transamerica Building, le parc du Thé Japonais, Chinatown, le port animé… autant de personnages emblématiques qui ont servi de décor à de nombreux films et séries télévisées américains. Voici l’itinéraire préféré des vacanciers en Californie.
Ce que vous ignorez peut-être de San Francisco, c’est qu’elle est la seule porte d’entrée vers la mer de l’immense Vallée Centrale, cette gigantesque plaine tectonique qui s’étend sur toute la Californie centrale, de Bakersfield à Sacramento et jusqu’à Redding, à l’extrême nord. Une vallée fertile nichée entre les montagnes, qui ne peut admirer le grand bleu de l’océan qu’à travers le corridor qui la relie à San Francisco. C’est de là que provient la soif de liberté décrite dans les romans de Steinbeck… cette oppression qui cherche sans cesse à s’échapper. Et quelle évasion plus belle et plus agréable que… San Francisco ?
