Il existe une autre Venise à découvrir. Après avoir admiré la Venise « officielle », la célèbre et touristique, grouillante de monde, de pigeons et de masques de carnaval, vous aurez peut-être envie d’aller « au-delà » et d’explorer son cœur secret. Cet itinéraire n’est pas une course aux souvenirs banals ni aux selfies, mais vise plutôt à vous faire vivre des émotions différentes. Nous vous accueillerons à l’aéroport Marco Polo de Venise (VCE) et vous accompagnerons en véhicule avec chauffeur jusqu’à l’embarcadère des vaporettos. Car c’est de là, dès l’instant où vous embarquerez, que la magie opèrera. L’itinéraire complet dure un peu plus d’une heure, entre marche et navigation. Bien sûr, à chaque arrêt, vous pouvez – et devriez – vous attarder. Et… rêver !
Pourquoi explorer une Venise cachée ?
Les gondoles glissant sur le Grand Canal, les mosaïques dorées de la basilique Saint-Marc et les places animées par des visiteurs du monde entier… Mais pas seulement ! Au-delà de ces sites emblématiques, partez à la découverte de la Venise « cachée », la « ville des vrais Vénitiens », comme celle de l’île de Cannaregio. À l’écart des circuits touristiques les plus fréquentés, ce quartier recèle de petits ateliers, des boulangeries traditionnelles et des places paisibles où se retrouvent les Vénitiens âgés pour bavarder. On y trouve également le ghetto de Venise, l’un des plus anciens ghettos juifs au monde.
L’île de Sant’Erasmo est surnommée le « jardin de Venise ». Contrairement au centre-ville pavé de pierres, Sant’Erasmo est recouverte de champs, de vignes et de potagers. On y cultive encore des produits du terroir, notamment les fameux artichauts violets, les « carciofi violetti ». Une visite de cette île révèle une Venise intimement liée à la terre ferme et à la mer. Se promener à pied ou à vélo le long de ses sentiers tranquilles, au cœur du paysage naturel de la lagune, offre une sensation d’éloignement total par rapport à l’agitation du centre historique.
La meilleure façon de découvrir la Venise moins connue est peut-être tout simplement de flâner sans itinéraire précis. Empruntez une ruelle tranquille, traversez un petit pont ou suivez un canal loin des attractions principales. Le véritable charme de la ville se révèle souvent dans les moments les plus simples : un pêcheur réparant ses filets, du linge étendu au-dessus d’une rue étroite, ou le bruit de pas résonnant dans un passage désert. Au-delà des monuments célèbres et des images romantiques se cache une ville vivante, façonnée par l’histoire, la communauté et des traditions qui perdurent. Explorer ces lieux plus paisibles permet aux visiteurs de comprendre Venise non seulement comme une destination touristique, mais comme un monde unique et fragile, riche d’histoires encore à découvrir.
Calle Varisco
Les vaporettos vous déposeront probablement près de la place Saint-Marc, où se concentrent la plupart des monuments de Venise. Mais ne vous arrêtez pas là ; poursuivez votre chemin. À 15 minutes à pied, au cœur des plus belles rues du centre historique, vous voilà dans le quartier de Cannaregio. Au centre de ce labyrinthe de ruelles et de canaux se trouve la Calle Varisco.
Attention, il faut vraiment avoir l’œil pour dénicher cette ruelle unique. C’est la rue la plus étroite de Venise, et peut-être même d’Italie ! Quiconque parvient à la repérer, entre les vieux murs des maisons environnantes, prendra assurément plaisir à s’y faufiler… mais ce que nous vous invitons surtout à admirer, c’est le silence. Ici, vous pouvez véritablement respirer l’air authentique de la « vraie » Venise, où l’on parle en dialecte et où les arômes de la cuisine s’échappent des fenêtres ouvertes. Un selfie est de rigueur Calle Varisco, mais il est aussi agréable de s’arrêter et d’écouter le murmure secret de la lagune !
Campo Santi Giovanni e Paolo
Reprenez votre promenade et flânez encore 5 minutes. Prenez la basilique Saint-Jean-et-Saint-Paul comme point de repère et vous vous trouverez au cœur d’un quartier paisible et méconnu. Un lieu qui semble figé depuis le Moyen Âge (la basilique date de 1430) et qui offre la même beauté que la place Saint-Marc, mais avec moins de monde et de bruit.
En flânant parmi les anciennes façades de briques noircies, ponctuées de colonnes de marbre et de clochers, vous n’entendrez que le clapotis des vagues des canaux, agité par le passage des gondoles. Si vous le souhaitez, vous pouvez visiter la basilique, où reposent de nombreux doges vénitiens.
Poursuivez votre promenade pendant cinq minutes et vous découvrirez un lieu unique au monde. Ce n’est ni une église, ni un pont, ni une fontaine, ni une statue. C’est une bibliothèque.
La bibliothèque Grande Marées
On dit d’elle que c’est « la plus belle du monde », et peut-être est-ce dû à sa situation à Venise qui la rend si belle. Surplombant un canal, la bibliothèque subit les effets des grandes marées, lorsque le niveau de la lagune monte jusqu’à un demi-mètre. Pourtant, les propriétaires de la Libreria Acqua Alta (bibliothèque des Grandes Marées) ont trouvé une solution ingénieuse pour s’adapter à la nature !
Au lieu d’étagères, les livres – neufs et d’occasion – sont rangés dans d’anciennes baignoires, des gondoles miniatures et de petites bateaux, afin qu’en cas d’inondation, ils ne soient pas endommagés par l’eau. Une idée brillante, un concept de design fantastique qui confère à ce lieu une atmosphère féérique.
Une visite ici s’impose. On peut s’y attarder, lire, toucher et se laisser envoûter par la beauté à la fois ancienne et moderne de ces « livres des grandes marées ». Imaginez-vous feuilletant un livre près de la fenêtre, tandis qu’à l’extérieur, des gondoles glissent sur le canal…
Calle della Toletta
Pour rejoindre la Calle della Toletta (près du pont Maravegge) depuis la bibliothèque, il faut marcher une demi-heure environ ou prendre un vaporetto (bateau-navette).
Peu de gens connaissent le charme de ce coin caché de Venise, où se trouve le « Réveil de la Sorcière » – une horloge ancienne dont les légendes fascinantes invitent à la réflexion. La tradition raconte qu’une sorcière redoutée vivait dans cette rue et qu’elle pratiquait la magie avec cette horloge. Un jour, les habitants décidèrent de s’en débarrasser et la sorcière prit la fuite. Mais avant de disparaître à jamais, elle scella l’horloge dans le mur de la rue, la laissant prisonnière d’un sort. Il semblerait qu’aujourd’hui encore, les aiguilles de l’horloge, généralement arrêtées, se mettent parfois à bouger toutes seules, sans raison apparente.
Poveglia et ses fantômes
Dernière étape de notre itinéraire : une petite île de la lagune, à environ 50 minutes de la Calle della Toletta. Le trajet se fait à pied et en vaporetto, car il faut quitter la côte de Malamocco Lido… loin du centre historique.
Mais le détour en vaut la peine. L’île de Poveglia est à la fois fascinante et envoûtante. On l’appelle « l’île des fantômes » parce que, pendant des siècles, elle a servi de champ de bataille, d’hôpital pour les pestiférés et d’hôpital psychiatrique. On venait à Poveglia pour mourir, non pour vivre. C’est pourquoi des âmes damnées, tristes et tourmentées encore se trouvent ici. Les anecdotes terrifiantes de ceux qui y ont passé quelques heures sont innombrables. Voilà pourquoi personne ne veut y vivre. Et c’est pourquoi c’est le meilleur endroit pour savourer la magie d’une Venise secrète, mystérieuse et paisible. Peut-être même un peu trop !
